Témoignage d’une enseignante au Sénégal

samedi 4 août 2018

Interview de Penda Baldé, 37 ans, enseignante à la case des tout-petits, à Kolda.

Où en sont les mentalités vis-à-vis de l’école ?
Avant, les parents n’étaient vraiment pas très concernés par l’éducation de leurs enfants. Très peu voulaient envoyer leurs enfants en maternelle, ils pensaient que ça ne servait à rien. Mais depuis quelques années, cinq ou six ans, j’ai l’impression que les choses changent. Grâce au travail de sensibilisation, ils sont plus conscients des enjeux.

Est-ce qu’il y a suffisamment de structures pour répondre aux besoins ?
Non malheureusement, c’est un gros problème. Avant, j’étais enseignante à l’école primaire mais j’en suis partie à cause des conditions. Il y a beaucoup trop d’élèves par classe, parfois une centaine. On se retrouve obligé de scinder la classe en deux et de faire venir les groupes alternativement chaque jour. Cela n’a aucun sens, on ne peut pas réaliser les programmes dans ces conditions. A la fin, ça me posait vraiment un cas de conscience, j’avais pitié de mes élèves.

Qu’est-ce que vous pensez de votre métier ?
Au niveau des conditions, c’est plutôt correct. Je gagne 199 000 Francs CFA par mois (300 euros), ce qui est plutôt bien et si j’en ai besoin, je peux assez facilement trouver un suppléant pour m’aider à faire classe. Mais honnêtement, je considère que l’éducation ne marche pas au Sénégal et parfois je suis vraiment découragée. On voit beaucoup d’enfants arriver au collège sans même savoir lire ! J’ai toujours aimé enseigner mais à certains moments je regrette de m’être engagée dans cette voie car j’ai peu d’espoir. Surtout que nous ne sommes pas très soutenus, pour beaucoup de parents, la situation actuelle est la faute des enseignants.

Que faudrait-il pour améliorer la situation ?
Il faudrait beaucoup de choses… Selon moi, il aurait fallu agir avant d’en arriver à cette situation. Mais désormais, en priorité diminuer les effectifs. Les élèves sont incapables de s’entraîner et de progresser dans de telles conditions. Mais il faudrait aussi que les parents soient beaucoup plus présents derrière leurs enfants. Quand un enfant rentre le soir, il accroche son cartable pour ne le reprendre que le lendemain matin. Ça ne peut pas marcher comme ça, il faut pratiquer, sinon on ne fait qu’accumuler.

Quel est l’avenir des jeunes sénégalais ?
Il ne me semble vraiment pas facile. La plupart d’entre eux ont d’ailleurs conscience des difficultés qui les attendent. Même ceux qui iront jusqu’au bac n’ont aucune garantie. La plupart devra changer de région pour chercher un travail et avoir de la chance pour en trouver un. Personnellement, j’ai quatre enfants et je leur souhaite d’aller en Europe pour avoir une meilleure vie. Ici c’est trop dur.

Mais malgré tout, je vais continuer à exercer mon métier et faire de mon mieux pour donner les meilleures chances à mes élèves.


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